vendredi 7 septembre 2007
Rififi
Je m’appelle Rififi,
Et c’est sans la moindre gène
Que j’échauffe les partis
Qui s’affrontent dans l’arène.
L’eau qui dort prend, avec moi,
Des allures de furie ;
Ses cibles sont aux abois
Mais, pas question de repli !
Ça se cogne et ça s’outrage,
Crachats et vaisselle volent,
Les yeux se gonflent de rage,
Témoins et voisins s’affolent
Quand ils n’encouragent pas
A coup de « vas-y plus fort,
Aplatis ce cancrelat »…
Tous ont raison, tous ont tort,
Tandis que, tout excité,
J’arbitre, sourire aux lèvres,
Abhorrant ces justiciers
Qui réprouvent toute fièvre
En s’interposant. Mais diable,
Pourquoi faut-il qu’ils s’en mêlent ?
Quel imprévu regrettable !
Rendez-moi mes étincelles !
Bien sûr, les esprits s’apaisent…
Exultez, gens hypocrites,
Bientôt, ne vous en déplaise,
Car la messe n’est pas dite,
Rififi vous reviendra !
A la première discorde,
Pourrait voler en éclats
Votre fragile concorde,
Puisque la nature humaine,
Depuis qu’elle est sur la terre,
Oscille entre amour et haine,
Fait la paix comme la guerre.
Texte protégé :
Train de banlieue
L’aube dort encor.
Une bise étreint
Des joues rosies par le froid,
Et l’escalator
Amène sans fin
Sur le quai comble et étroit
Les matinaux de Dourdan,
Solitaires ambulants
Noyés dans la multitude
Qui traîne sa lassitude
Vers Austerlitz, la lointaine ;
Tous les jours de la semaine
Se ressemblent par ici…
C’est long, jusqu’à vendredi !
Mon train de banlieue,
Paresseusement,
Traverse l’Île-de-France.
Le jour, peu à peu,
Quitte son carcan ;
Le ciel sera de faïence
Aujourd’hui, comme demain.
Assis sur mon strapontin ,
Je regarde défiler
La grisaille de janvier.
Ah… Si j’étais millionnaire,
Je visiterais la terre !
Plus de cafard ! Plus de nœuds !
Plus de train ! Plus de banlieue !
Texte protégé :
L'état de grâce
Tu peux pavoiser,
Hisser haut la bannière de la victoire
Sur le toit de ton palais,
Les canons ne sont pas encor dans ta cour.
On dit même qu’ils sont bien rangés !
Tu peux jubiler,
Afficher une superbe ostentatoire,
Banqueter en ton palais,
Chanter cocorico en ta basse-cour,
Nul ne t’en voudra d’en profiter !
Va donc plastronner,
Jurant à l’aveugle qui voudra le croire
Qu’il peut dormir désormais
Sur ses deux oreilles car depuis ta tour,
Ton œil veille à sa sécurité !
Mais en vérité,
Tout état de grâce est souvent provisoire ;
Un matin, il se pourrait
Que poigne à l’horizon un ciel sombre et lourd…
Tout roi que tu es, tu peux tomber !
Texte protégé :
la pleine lune
Le silence chante un cantique
A la louange de la nuit.
La chaussée désertée s’ennuie.
Au balcon, je traque un moustique…
Au loin ronronne un train qui passe,
Pas assez fort pour perturber
Le profond sommeil du quartier.
Il est une heure, et je ressasse
Un souvenir, vieille photo
Sortie du fond de ma mémoire.
Je revois une balançoire,
Une maison au bord de l’eau,
Mes deux frères courir pieds nus
Sur la pelouse, un soir d’été,
Un voisin, bien trop irrité,
Réveillé par tant de raffut…
Comment oublier le fracas
Que peut faire un fusil de chasse ?
Il est tombé comme une masse
Mon petit frère, ce soir-là !
C’était un soir comme aujourd’hui,
De pleine lune, en plein juillet.
Mon cœur, depuis, n’est plus en paix
Sitôt que le soleil s’enfuit.
Je n’aime plus la pleine lune,
Ni les vacances au Lavandou ;
Je ne suis pas loin d’être fou
Quand ce souvenir m’importune !
Texte protégé :






